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Photographe-auteur, Jarou organise des stages en France (Nîmes), en Pologne (sud de la Silésie) ainsi qu'au Montenegro (à Rozaje)... Jarou est représenté par l'agence WorldPictures. Il est également présent sur la iGalerie "de visu.org"
L'ENCLOS PAROISSIAL IMAGINAIRE DU VIVIER-SUR-MER Jacques ROUQUETTE (JarouProduction) - Reportages L'ENCLOS PAROISSIAL IMAGINAIRE DU VIVIER-SUR-MER

Diaporama Portfolio

Travail réalisé à partir de tables à huîtres extraites de la mer... ici, en pleine lumière, le temps et les éléments conjugués nous donnent à voir sur du vulgaires fers à béton, visages et formes sculptés avec la démesure qui sied à toute lecture imaginative et féconde de l’image. Enclos paroissial breton imaginaire...
L'oeuvre du temps révèle un habitat improbable. Ici, la construction n'est pas faite pour durer, mais son architecture "d'enclos paroissial imaginaire" a su émouvoir (cf Le Corbusier) le photographe amateur parti à la rencontre d' occupants tout aussi improbables. Quand l'observation de vulgaires fers à béton de parcs aquacoles invite à une lecture à la fois légendaire et mythique.

"L'observation de vulgaires fers à béton fichés dans l'estran par les ostréiculteurs révèle la naissance inattendue de formes et de figures, générées par la matière brute avec la complicité de la mer, du vent et des organismes vivants locataires de la grève. Ici, pas de désagrégation pratique et progressive telle qu'on peut la constater sur les calvaires, mais émergence spontanée d'images, indiscutablement pensées et construites, à partir de... rien, et sans volonté artistique préalable.
Les photographies présentées suggèrent d'abord le petit univers intime et serré d'un cimetière paroissial, où se bousculent des croix dressées au fil des générations successives, les plus récentes culbutant insolemment les monuments fatigués des ancêtres: la mort n'a pas désamorcé les vieux instincts de compétition sociale !
Au-dessus de cette mêlée s'élèvent de hautes silhouettes hiératiques. L'oeil les identifie immédiatement : c'est la croix du Christ, flanquée des fûts où seront ou sont suspendus les deux larrons; les longs poteaux de supplice du calvaire de Pencran, en pays de Léon, ont le même élancement tragique. Sous les bras se reconnaissent les figurants canoniques, non encore complètement dégagés du chaos des éléments : la Vierge à gauche (à droite de Jésus) et saint Jean de l'autre côté, en symétrie.
Plus loin, si nous observons le détail, nous voyons un monstre prédateur -chouette ou diablotin- perché, accroupi, sur l'une des traverses. C'est à n'en pas douter le démon sarcastique qui, juché sur le bras de la croix de Gismas, le mauvais larron de Pleyben, s'apprête à s'emparer de l'âme impénitente.
Et partout, le petit peuple qui grouille dans les scènes sculptées des grands calvaires bretons révèle ses caractères contrastés : visages dignes, tristes ou compassés des apôtres, trognes sévères ou grimaçantes des juges, des bourreaux et des spectateurs sadiques. Même l'Ankou, aux orbites creusées d'une ombre menaçante, répond présent à l'appel...
Ici le photographe s'est attaché à dilater, en deux dimensions et en noir et blanc, des métamorphoses lentes, subtiles et changeantes, perceptibles seulement sous certains angles, sous certains éclairages."
Extrait de l' Avant-propos de Marc Déceneux, "L'enclos paroissial imaginaire du Vivier-sur-Mer".